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1 septembre 2020 2 01 /09 /septembre /2020 13:10
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY
 

 

       Point de départ de la route la plus ancienne vers Saint-Jacques de Compostelle, cette cathédrale romane, érigée à partir du Xe siècle, abrite une vierge noire vénérée comme une mère depuis des siècles.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY
 

     Inscrite dans le cadre naturel exceptionnel de la terre volcanique d’Auvergne, Notre-Dame du Puy-en-Velay séduit par son allure originale. Située au début de la via Podiensis, la route la plus ancienne empruntée pour aller à Saint-Jacques de Compostelle, cette cathédrale romane aux influences italienne, byzantine et mozarabe est chaque année le point de départ d’environ 15 000 pèlerins, sans compter les visiteurs de passage.

 

Une dalle miraculeuse

     Plusieurs légendes entourent sa fondation. L’une d’elle est liée à la « pierre des fièvres » ou « pierre de l’apparition », une grande dalle rectangulaire qui recouvrait probablement une sépulture à incinération dans l’antiquité. Selon un récit très ancien, vers 420, une noble chrétienne gravement malade reçoit en songe l’ordre de se faire porter sur le mont Anis — Anicium est alors le nom du Puy. Sur la pierre, la Vierge Marie lui apparaît entourée d’anges et de saints. Miraculeusement guérie, la femme court transmettre à l’évêque son message : faire construire à cet emplacement une chapelle dédiée à la Mère de Dieu. Achevée peu avant 430, la première cathédrale du Puy-en-Velay est ainsi contemporaine de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure et du concile d’Éphèse qui proclame en 431 la double nature humaine et divine du Christ, et par là la maternité divine de Marie. Dans les siècles qui suivent, d’autres guérisons miraculeuses sont obtenues par l’intercession de la Vierge. Des pèlerins commencent à affluer. Encore aujourd’hui, dans la chapelle nord du chevet, certains d’entre eux s’allongent sur cette pierre pour confier leurs souffrances.

 

Un haut lieu de pèlerinage

      En 950, le premier évêque du Velay, Godescalc, entreprend un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Il est le premier pèlerin connu à se rendre ainsi avec un groupe sur le tombeau de l’apôtre en Espagne. À son retour, il entame d’importants chantiers avec la construction en 962 d’une chapelle dédiée à saint Michel au sommet du rocher d’Aiguilhe. Ces travaux se poursuivent par l’édification d’une nouvelle cathédrale à l’architecture inspirée du passé local et de l’Antiquité tardive italienne et romaine. Le Puy connaît alors un rayonnement considérable. La cathédrale devient, à l’instar de Chartres, l’un des plus importants sanctuaires mariaux de la chrétienté occidentale, à tel point qu’il faut l’agrandir. À la fin du XIIe siècle, sa construction est achevée par l’ajout de deux travées au dessus du vide ! Seule la partie la plus ancienne — chevet, transept, et les deux premières travées — repose sur le rocher.

 

Dans le ventre de la Vierge

     Cette physionomie atypique n’échappe pas au pèlerin qui observe de loin la façade occidentale, toute en géométrie. Au centre, l’agneau pascal sur une pierre en saillie marque l’entrée. Il s’agit de suivre le fils de Dieu dans son incarnation et de se laisser enfanter par Marie, mère de Dieu et de l’Église. Après avoir gravi les nombreuses marches qui mènent au sanctuaire, on arrive ainsi devant une enfilade de porches. Le premier est celui de la Parole avec des sculptures représentant les quatre évangélistes. On y est accueilli par Saint-Jacques de Compostelle, la main droite levée en signe de bénédiction, une sculpture en bois réalisé par Dominique Kaeppelin, un artiste du Puy mort en 2019. Le second porche est celui « de l’Église » et le troisième celui « du Christ », en raison des peintures murales d’influence byzantine qui les décorent, en particulier une Vierge à l’Enfant en majesté, « trône de la Sagesse ». Cette enfilade de porches conduit en s’amenuisant vers un petit escalier : « l’escalier du ventre » qui mène à l’intérieur du sanctuaire devant l’autel. Au Moyen Âge, des sermons associent en effet le Saint-Sépulcre à l’utérus de la Vierge, établissant ainsi un lien entre l’Incarnation et la Résurrection. Comme Nicodème (Jean 3, 1-9), chacun est ainsi invité à « naître d’en haut ».

 

Une vierge noire particulièrement vénérée

      À l’intérieur, détaché du chœur liturgique, au fond de l’abside, se trouve le chœur marial où les pèlerins viennent prier la vierge noire. L’origine de cette statue, sa couleur qui évoque la femme du Cantique des Cantiques — « Je suis noire mais belle » —, sont entourées de mystère. A-t-elle été rapportée d’une croisade par saint Louis, fervent pèlerin du Puy-en-Velay ? A-t-elle été recouverte de peinture au XVIIIe siècle ? Une chose est sûre : la statue initiale a été brûlée sur la place du Martouret le 8 juin 1794 par les révolutionnaires. Faite de bois de cèdre, de facture « éthiopienne », elle ressemblait à une vierge romane auvergnate en majesté, assise et portant l’enfant Jésus sur ses genoux. La statue actuelle provient du monastère de la Visitation. Placée dans la cathédrale à la demande des fidèles en 1844, elle a été couronnée sur la place du Breuil le 8 juin 1856, soixante-deux ans après les outrages de la Révolution. Vêtue d’un manteau laissant apparaître la tête de l’enfant Jésus, elle dispose d’une importante garde-robe — vingt-cinq manteaux — qui varie en fonction du temps liturgique et des fêtes de l’année ! Elle est particulièrement vénérée à l’occasion de la fête de l’Assomption le 15 août. Des milliers de personnes l’accompagnent alors en procession dans les rues de la ville.

Vidéo  : visite de Notre-Dame du Puy par le recteur en 2017 :
Agnès de Langeac, la protectrice des jeunes mères

     Née le 17 novembre 1602 au Puy-en-Velay, Agnès de Langeac est baptisée le lendemain au baptistère Saint-Jean, près de la cathédrale. Profondément chrétien, son père, Pierre Galand, est coutelier, sa mère, dentellière. Agnès est la troisième de leurs sept enfants. Vers sept ans, tandis qu’elle monte à la cathédrale, la fillette pense à un homme supplicié dont la vue l’a bouleversée. Elle a prié pour lui toute la nuit. Au cours de la messe, elle entend au fond de son cœur une parole qui l’invite à se donner tout entière à la Vierge Marie qui la protégera. À huit ans, Agnès fait sa première communion, ce qui est exceptionnel à cette époque. Elle veut aimer davantage le Seigneur. « Passe de longs moments en silence dans ta chambre et pense à Jésus », lui conseille son premier confesseur. La jeune fille s’y emploie avec ferveur : « Allons mon âme, il faut se tenir un petit quart d’heure devant Dieu et être bien attentive à lui », se dit-elle. Et chemin faisant le quart d’heure s’allonge en demi heure, puis en heure…

     Au Puy-en-Velay, la maison familiale est proche de l’église du couvent dominicain. Agnès y participe souvent aux offices et y rencontre un frère qui devient son père spirituel. En avril 1621, elle est ainsi admise dans le Tiers Ordre dominicain, puis en 1623, à 21 ans, elle quitte Le Puy pour mener une vie contemplative à Langeac et participer à la fondation du monastère Sainte-Catherine-de-Sienne dont elle devient prieure dès 1627. Par sa prière et ses conseils, elle va guider Jean-Jacques Olier vers la fondation des premiers séminaires de Saint-Sulpice. Elle meurt le 19 octobre 1634, laissant à ses moniales la vocation de prier pour les prêtres et la vie en ses débuts. Attentive aux plus pauvres, Agnès aimait en effet entourer les jeunes mamans au moment de la naissance de leur enfant. C’est pourquoi elle est souvent invoquée par les femmes ayant une grossesse difficile ou les couples en désir d’enfant. Elle a été béatifiée à Rome en 1994 grâce à une naissance miraculeuse obtenue par son intercession en 1952 à Langeac.

 

Écouter  :

« Magnificat » par la Maîtrise de la cathédrale du Puy-en-Velay, dir. Emmanuel Magat, extrait de Petits chanteurs, vol.2, Bayard Musique.  

Vidéo : Jubilé de Notre-Dame du Puy en 2016 :

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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 15:40
 
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°21 : SAINT-JOSEPH DE NOUMÉA
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°21 : SAINT-JOSEPH DE NOUMÉA
 
 

 

 

      L’histoire religieuse de la Nouvelle-Calédonie est liée à la congrégation des Maristes qui assura l’évangélisation catholique de cet archipel d’Océanie. Après 8 mois de navigation, les premiers missionnaires arrivent en 1843. En une petite cinquantaine d’années, le diocèse est fondé et la cathédrale Saint-Joseph est consacrée en 1890.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°21 : SAINT-JOSEPH DE NOUMÉA
La cathédrale française du bout du monde

 

      La région où se situe Nouméa est habitée depuis le premier millénaire. Ce coin de terre, au large de l’Australie, n’intéresse pas les Européens qui le découvrent au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, Napoléon III fait de la Nouvelle-Calédonie une colonie pénitentiaire. Il érige un bagne sur l’île de Nou en rade de Nouméa. L’île accueille les grands criminels et des personnes que l’empereur des Français voulait éloigner (opposants politiques…) La ville de Nouméa devient le chef-lieu de la région qui se peuple essentiellement de militaires. La cité se développe rapidement grâce aux bagnards, une main-d’œuvre à disposition et corvéable sans beaucoup de ménagement. Les « chapeaux de paille » réalisent l’essentiel des infrastructures de la colonie : routes, système d’approvisionnement en eau, remblai des marécages, bâtiments officiels, etc.

      La cathédrale Saint-Joseph est édifiée dans le cadre de ce plan d’urbanisation. Le terrain est choisi en 1874. Il est situé dans le centre de Nouméa. Les travaux de terrassement commencent en 1876. Un concours public d’architectes est organisé pour établir les plans de l’église. C’est le projet d’un certain Labulle, un ancien bagnard, qui est sélectionné. Les travaux débutent en 1887. La cathédrale est construite à la mode de la fin du XIXe siècle, en style néogothique. Elle est consacrée en 1890. Une soixantaine de forçats a conduit l’ensemble du chantier. La bâtisse est réalisée à partir des matières premières disponibles sur place. Les pierres ont été extraites des carrières voisines. La charpente est en bois de niaouli, le plafond en kaori, les piliers du chœur ont été sculptés à partir de troncs de magnifiques tamanu. Du bois d’acacia et du précieux cohu ont servi aux décors. Des bénitiers faits de coquilles de tridacnes géants accueillent les visiteurs. Le lustre du chœur est une copie de celui de l’église de la Madeleine à Paris. Il a été réalisé avec l’une des toutes premières feuilles de nickel découvertes et extraites de Nouvelle-Calédonie.

 

Les premiers missionnaires

      Le 21 décembre 1843, les premiers maristes arrivent de France à Balade. Il s’agit de Mgr Douarre, des pères Rougeyron et Viard et des frères Marmoiton et Taragnat. La première communauté s’installe à Nouméa le 27 septembre 1873, dans le quartier de la cathédrale qu’ils desservent. Ils fondent dans ce quartier des écoles, un pensionnat, un orphelinat et proposent des cours pour les adultes. Ces missionnaires fondent plusieurs communautés dans toute la région et assurent encore aujourd’hui la pastorale de cette collectivité française du bout du monde.

 

Visite en vidéo
Prière d’un bagnard

      Je n’en finis plus, Seigneur, d’essayer de m’en sortir. Un malheur n’attend pas l’autre. Je n’arrête pas de me décourager; je suis comme un nageur qui prend sans cesse des tourbillons (…) Ah! Si tu déchirais ma nuit, Seigneur, si tu brisais mes chaînes, si tu me faisais sauter le mur… Tu sais, je ne vois plus de lumière au bout de mon tunnel. J’ai toujours ce boulet accablant à ma cheville. (…) J’ai du mal à vivre! Je suis si petit, si faible, et je ne vois pas le jour où tout cela va finir. Je suis malheureux, je n’en peux plus! Ah Seigneur! Desserre mes liens, rafraîchis mon front. Prends ma main, renforce mon pas, je n’ai plus que toi ; ne me déçois pas ; tu es ma dernière chance, mon dernier Feu, ma dernière Main. Ne me laisse pas tomber, j’ai tant besoin de Toi.

 

Chantons Joseph

 

Sébastien Antoni

 

 
 
 
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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 15:30
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°25 : SAINT-TROPHIME D'ARLES
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°25 : SAINT-TROPHIME D'ARLES
 

 

   Bâtie sur des vestiges de l’Antiquité tardive, le chantier de la cathédrale d’Arles commence en 1100. Elle obtiendra un temps le rang de primatiale des Gaules, et demeurera siège d’un archevêché jusqu’à la Révolution. C’est l’un des plus importants édifices du domaine roman provençal. Aujourd’hui, Saint-Trophime est église paroissiale.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°25 : SAINT-TROPHIME D'ARLES
 
Une histoire très ancienne

      La communauté chrétienne d’Arles est l’une des premières de la Gaule, avec la présence d’un évêque attestée dès 254. Initialement située à proximité du rempart antique de l’Hauture, la cathédrale fut déplacée vers le Ve siècle à proximité de l’ancien forum romain.
     Elle fut élevée en plusieurs phases et l’essentiel du monument que nous voyons aujourd’hui date du XIIe siècle, époque à laquelle sa façade, initialement sobre, fut rehaussée de sa magnifique statuaire historiée. À cette époque, Arles connaît un essor important qui nourrit les ambitions de renouer avec un passé glorieux. Avec la construction de l’église, l’ancien vocable de Saint-Étienne est remplacé par celui de Saint-Trophime, en hommage au premier évêque légendaire de la cité. Le chantier commença vers 1100, la translation des reliques de saint Trophime dans la nouvelle cathédrale eut lieu en 1152.

 

Un joyau provençal

     Le monument possède le plan caractéristique des édifices de Provence : une haute nef de cinq travées, voûtées en berceau brisé et flanquée d’étroits collatéraux ; un transept très court dont la croisée est surmontée d'une coupole et supporte le clocher. Outre d’innombrables trésors architecturaux, le portail possède une statuaire – consacrée au Jugement Dernier – tout simplement admirable de finesse.

      Autre joyau, le cloître. Sa construction est venue achever une réédification du complexe cathédral qui avait débuté vers la toute fin du XIe siècle. À partir du XIIe siècle, l'espace au sud de la cathédrale est occupé par deux grands ensembles : le palais de l'évêque, et le claustrum, un espace réservé à la communauté des chanoines. Les deux galeries romanes (au nord et à l'est) ornées de sculptures sont d'une qualité exceptionnelle. Les deux dernières galeries (au sud et à l'ouest), voûtées sur croisées d'ogives, sont de style gothique et n'ont été réalisées que vers 1370-1380.

     À la fin du XVIIe siècle, Monseigneur de Grignan entreprit une vaste modernisation de l’église, ajoutant notamment des balcons à balustres aux extrémités du transept ainsi que de grandes verrières. Deux nouvelles portes à fronton sont ajoutées sur la façade.
Lors de la Révolution, l’église fut transformée en temple de la Raison, et son mobilier d’origine en grande partie détruit.

Une restauration exemplaire

      À la fin du XIXe siècle, l’architecte en chef des Monuments historiques Henri Révoil entreprend de remettre l’édifice dans le goût médiéval et de supprimer des adjonctions modernes. Ainsi, il procède à la suppression d’un clocheton en haut de la façade, ouvre des fenêtres bouchées et remplace la porte du XVIIIe siècle. En 1873, l’intérieur de l’église subit de grands travaux portant notamment sur la nef, les collatéraux et les tribunes.
Par ailleurs, de nombreuses pièces de mobilier sont ajoutées, tels trois sarcophages paléochrétiens.

     Dans les années 1970, plusieurs interventions ont lieu sur les toitures et le clocher.
En 1980 est lancée l’opération de restauration du portail et de sa statuaire. Partant d’un constat préoccupant (l’importance des dégradations) et inspiré par une approche scientifique, le chantier se révéla comme une opération pilote, drainant des compétences multiples.
Durant sept années (1988-1995), le portail est le point de rencontre de spécialistes venus du monde entier, réunis par une action commune et un même enthousiasme.
Outre la consolidation de la pierre, la technique retenue pour la débarrasser de sa gangue noire fut celle de la micro-abrasion, conduite avec un outillage aussi fin que celui d’un dentiste.

Saint-Trophime est par ailleurs une église à reliques sur la route de Compostelle.

 

Écouter  :

« PaxÆterna », extrait de Lux lucis, par l'ensemble Beatus, Bayard Musique.  

Sophie de Villeneuve

 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 13:04

 

NOTRE-DAME DE LA TREILLE À LILLE

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°24 : NOTRE-DAME DE LA TREILLE À LILLE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°24 : NOTRE-DAME DE LA TREILLE À LILLE
 

 

        Notre-Dame de la Treille, à Lille, est née dans la seconde moitié du XIXe siècle de la volonté de la bourgeoisie catholique issue de l’industrialisation. Elle souhaitait ériger une église pour abriter la statue de Notre-Dame de la Treille. En 1854, une première pierre symbolique est posée et un concours international d’architecture lancé.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°24 : NOTRE-DAME DE LA TREILLE À LILLE

     Le règlement du concours d’architecture stipulait « que l’on bâtisse une église de style ogival de la première moitié du XIIIe siècle ». Les lauréats proposent un édifice de 110 mètres de long avec une crypte de 2 500 m2 et deux tours surmontées de flèches en façade.

 

Un chantier de longue haleine

     La construction démarre en 1856, mais les moyens financiers ne sont pas à la hauteur du projet qui s’étale dans le temps. En 1935, le béton armé et les structures métalliques remplacent la pierre ; la voûte est surbaissée et les tours de façade abandonnées pour faire place à une façade provisoire de briques. La dernière pierre est posée en 1999. Entre temps, l’église devient basilique mineure en 1904, puis cathédrale en 1913. Mais le sort s’acharne : la statue miraculeuse est volée en 1959.

À l’origine, une statue

     On ne connaît pas exactement l’origine de la statue de Notre-Dame de la Treille. Au début du XIIIe siècle, elle est exposée dans la collégiale Saint-Pierre à Lille. On la mentionne une première fois le 2 juin 1254 à l’occasion d’un miracle. En 1269, une procession annuelle en son honneur est organisée ; elle aura lieu jusqu’à la Révolution. Notre-Dame de la Treille délivre des possessions et guérit les hernies, la cécité, la paralysie ou la peste. Au XVIIe siècle, l'église reconnaît officiellement 54 miracles. La collégiale Saint-Pierre est endommagée lors du siège de la ville par les Autrichiens en 1792. Le sacristain cache la statue chez lui. En 1801, la statue est déposée dans l'église Sainte-Catherine où on l'oublie. Le curé de la paroisse la redécouvre et restaure son culte en 1846. En 1872, la statue est transférée dans la nouvelle cathédrale en construction où une chapelle située dans l’axe du chœur l’abrite. Cette chapelle est construite à la manière de la Sainte-Chapelle.

 

Une façade contemporaine translucide

      En 1983, la ville de Lille décide de restructurer le quartier de la cathédrale. À cette occasion, le diocèse décide de terminer la cathédrale. C’est l’architecte Pierre-Louis Carlier qui achève la façade. Il construit les trois arches gothiques de la façade. L’arche centrale située dans l'axe de la nef est en marbre translucide. En son sommet, un grand vitrail du peintre Ladislas Kijno figure la rosace centrale, tandis que le portail de verre et de bronze est un hommage à la Vierge du sculpteur Georges Jeanclos. L’édifice a été classé au titre des Monuments historiques en 2002.

 

Écouter  :

Ave Maria, de César Frank, par l’ensemble Basilica et Olivier Penin, extrait de Hommage à César. 

Geneviève Pasquier

 

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 13:40
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°20 : SAINTE-MARIE-MAJEURE DE MARSEILLE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°20 : SAINTE-MARIE-MAJEURE DE MARSEILLE
 

 

Le 26 septembre 1856, le prince-président Louis-Napoléon pose la première pierre d’une nouvelle cathédrale pour Marseille. À l’image de la ville, cosmopolite, porte de l’Orient, la cathédrale marie audacieusement les styles. Un édifice colossal qui affiche la puissance de Marseille et de son port.

 

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°20 : SAINTE-MARIE-MAJEURE DE MARSEILLE

       La légende veut qu’aux Saintes-Maries de la Mer, non loin de Marseille, se soit un jour échouée une barque sans rames ni voiles, venue de Judée. Là auraient débarqué Marthe et Marie avec leur frère Lazare, Marie-Madeleine et quelques autres femmes, et auraient évangélisé la région. Lazare passe pour être devenu le premier évêque de Marseille et ses reliques reposent aujourd’hui dans la cathédrale.

      Les fouilles archéologiques ne font pas remonter aussi loin l’histoire du christianisme à Marseille, mais on sait que l’actuelle cathédrale Sainte-Marie-Majeure (la Major pour les Marseillais) se dresse à l’endroit où, dès le Ve siècle, une première église a été construite, assortie d’un baptistère carré de 25 m de côté. Elle sera remplacée au XIIe siècle par une cathédrale romane, la « vieille Major ».

 

Un édifice démesuré

     Au XIXe siècle, Marseille est la deuxième ville de France. Pour marquer sa puissance, l’évêque, Mgr de Mazenod, ainsi que les autorités publiques (la France vit encore sous le régime du concordat), décident la construction d’une cathédrale gigantesque, dont les dimensions seront comparables à celles de Saint-Pierre de Rome. Dominant le nouveau port de Marseille, qui vient d’être construit, la cathédrale rappelle les liens privilégiés que la ville a toujours entretenus avec l’Orient.

     Car l’architecte Léon Vaudoyer, un des pères du mouvement historiciste, imagine une cathédrale néo-byzantine dont les clochers alternent avec les coupoles, le style roman avec le style gothique, la pierre blanche locale avec la pierre verte de Florence. À l’image du port qui accueille des navires de tous les pays du monde, la cathédrale réunit tous les styles et toutes les matières : onyx d’Italie et de Tunisie, marbre de Carrare, mosaïques de Venise, porphyre …

     C’est le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte qui pose la première pierre le 26 septembre 1856, trois mois à peine avant de prendre le titre d’empereur et le nom de Napoléon III. Les travaux vont durer plus de quarante ans. L’édifice est colossal. 142 m de long, un transept de 50 m, des tours de 60 m de haut et une coupole centrale culminant à 70 m. La nef peut accueillir 3 000 personnes, à peine moins que Saint-Pierre de Rome.

Mgr de Belsunce, un évêque remarquable

      À gauche de la cathédrale, sur l’esplanade, on est accueilli par une statue de Mgr de Belsunce, qui fut une très grande figure de Marseille.

      François-Xavier de Belsunce de Castelmoron est né le 3 décembre 1671 au château de La Force dans le Périgord. Fils de nobles protestants, il se tourne à l’âge de 16 ans vers le catholicisme, et entre à 18 ans dans la Compagnie de Jésus. Même s’il doit la quitter onze ans plus tard pour des raisons de santé, il gardera toujours avec les jésuites d’excellentes relations.

En 1709, Louis XIV, approuvé par le pape, le nomme évêque de Marseille. Il va le rester pendant 45 ans, jusqu’à sa mort.

      Pendant la grande peste qui marque l’année 1720, Belsunce se dévoue sans compter auprès des malades, multiplie des processions et les bénédictions. Châteaubriand écrit dans les Mémoires d’outre-tombe : « Quand la contagion commença de se ralentir, M. de Belsunce, à la tête de son clergé, se transporta à l’église des Accoules, monté sur une esplanade d’où l'on découvrait Marseille, les campagnes, les ports et la mer, il donna la bénédiction, comme le pape à Rome, bénit la ville et le monde : quelle main plus courageuse et plus pure pouvait faire descendre sur tant de malheurs les bénédictions du ciel ? » Quand Louis XV, en 1723, veut lui confier l’évêché de Laon en remerciement de son dévouement, Belsunce refuse pour demeurer auprès des Marseillais. Il meurt le 4 juin 1755, et ses funérailles, organisées par l’évêché et par la ville, seront à la hauteur de la reconnaissance et de l’admiration que lui ont longtemps portées ses contemporains.

 

Écouter  :

Suite n°3 pour oud et orgue «la pénultième femme» : 4e mouvement, par Abderraouf Ouertani et Patrick Villanueva, extrait de Duo deux rives, Bayard Musique.   

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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 08:49
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY
 

 

Pour donner un cœur et une identité à une ville nouvelle de la banlieue parisienne, les pouvoirs publics et les autorités catholiques décident de construire une cathédrale. Le chantier démarre en 1991, à une période où l’Église s’interroge sur sa visibilité...

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°22 : LA CATHÉDRALE D'ÉVRY

     Dans les années 1960, pour réguler l’urbanisation anarchique de l’agglomération parisienne, l’administration française décrète la construction de villes nouvelles autour de Paris. On élève alors en pleins champs des villes-champignons qui regrouperont des populations jeunes, socialement peu homogènes, déracinées, au sein d’un urbanisme rationnel et froid. Vingt ans plus tard, le constat est sévère : de l’aveu même des urbanistes, ce sont des villes sans mémoire et sans âme. Comment donner à ces cités-dortoirs une véritable identité ?

 

Donner une âme à la ville

     À Évry, dans l’Essonne, alors que l’Église est en perte de vitesse et que la culture chrétienne est en train de s’effacer des mémoires, c’est paradoxalement l’idée d’une cathédrale qui émerge. Autour de ce projet se rassemblent pouvoirs publics et responsables catholiques. Car ces derniers s’interrogent eux aussi, après des décennies de discrétion des catholiques, de disparition du sacré et d’enfouissement dans la société. Ils aimeraient retrouver une pastorale de la visibilité. La construction de la cathédrale aura donc un double enjeu, être un lieu de culte et de visibilité de l’Église, et donner à la ville le cœur qui lui manquait. Un projet religieux, mais aussi culturel et patrimonial. C’est d’ailleurs le ministère de la culture, et non l’archevêché de Paris, qui rendra public le lancement du projet et en financera une partie. Le cahier des charges s’annonce compliqué pour l’architecte.

 

Une cathédrale surprenante

     C’est Mario Botta, un architecte suisse qui a déjà réalisé les aménagements du centre-ville d’Évry, qui est chargé de la tâche. Il propose immédiatement un édifice cylindrique. De 34 m de haut en son point le plus élevé, coiffé d’un biseau de verre transparent et couronné de vingt-quatre tilleuls argentés, il sera habillé de brique rouge, à l’extérieur comme à l’intérieur. Les premières pierres sont posées à Pâques en 1991, le chantier débute un an plus tard et dès 1995, le jour de Pâques, la première messe dominicale est célébrée dans la toute nouvelle cathédrale de la Résurrection.

     Circulaire, et non en forme de croix, l’édifice bouscule l’image traditionnelle de la cathédrale. De nombreuses controverses ont d’ailleurs contesté le choix de Mario Botta, qui est agnostique, et que certains soupçonnent même d’avoir caché dans son œuvre des symboles franc-maçons. Néanmoins, quand on entre dans la cathédrale pour la première fois, on est saisi par la lumière, par la pureté des lignes, par la beauté et la simplicité des matières, briques, bois, verre. Tout ici invite au rassemblement et à la prière.

 

Un beau choix d’œuvres d’art

    Quand on entre par le portail principal et que l’on se dirige vers le grand baptistère de marbre blanc, on est accompagné par les douze apôtres, un ensemble de vitraux abstraits très colorés, dessinés par le P. Kim En Joong. Le vitrail du chœur, lui, a été dessiné par l’architecte. Noir et blanc, semi-circulaire, il figure un arbre, symbole de résurrection.

    Une statue de la Vierge en bois du XVIe siècle surmonte le baptistère. Au-dessus de l’autel, un Christ en bois de Tanzanie du XIXe siècle rappelle l’universalité de l’Église. À droite du siège de l’évêque, se dresse une statue contemporaine du saint patron de la cathédrale, Corbinien de Freising.

    Enfin, dans la petite chapelle octogonale de Jour, sous l’entrée principale, trois œuvres de Gérard Garouste en fer forgé invitent au recueillement : une vierge à l’enfant, un christ et un tabernacle.

 

Visiter la cathédrale en vidéo :
Saint Corbinien de Freising
patron de la cathédrale

 

    La cathédrale d’Évry est dédiée bien sûr à la Résurrection du Christ, mais l’évêque Guy Herbulot a souhaité la dédier également à un saint du VIIe-VIIIe siècle originaire de la région, Corbinien de Freising.

    Corbinien naît à Châtres (l’ancien nom d’Arpajon, dans l’Essonne) en 670. Très pieux, il s’installe dans un ermitage, tout près d’une église en ruines qu’il s’attache à reconstruire, à Saint-Germain-de-Châtres (Saint-Germain-les-Arpajon). Sa réputation de sainteté attire à lui des disciples et il fonde avec eux un petit monastère. Il se rend alors à Rome pour demander au pape de bénir cette fondation. Impressionné par sa sagesse et sa piété, le pape l’y renvoie en mission d’évangélisation après l’avoir ordonné prêtre et évêque.

    Mais la charge d’évêque pèse à Corbinien. Il retourne à Rome, espérant en être relevé, passant par l’Allemagne et la Bavière où il rencontre le duc Theobald et ses fils, qui cherchent à le retenir. Mais il repart pour Rome, et l’on raconte qu’au cours de ce voyage, un ours féroce dévore sa monture. Après avoir sermonné et « converti » la bête sauvage, c’est sur son dos qu’il finira sa route.

    Contre son désir, le pape le confirme dans sa charge d’évêque, et l’envoie cette fois en Bavière. Il s’installe à Freising, y construit une église qui deviendra la cathédrale du diocèse de Freising-Munich, et évangélise la région. Il meurt le 8 septembre 730. Ses restes reposent toujours dans la crypte de la cathédrale.

    En 1711, le curé de l’église de Saint-Germain-les-Arpajon demande au diocèse de Freising-Munich une relique de Corbinien. Sa demande est acceptée, et les deux diocèses sont depuis restés en contact. Dans l’autel de la cathédrale d’Evry a été enchassé un morceau de la relique conservée à St-Germain. Et aujourd’hui encore, chaque année le 8 septembre, une délégation bavaroise vient fêter saint Corbinien avec les catholiques du diocèse d’Évry.

 

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Christel Juquois

 

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